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Entretien avec le Docteur Abdulkarim (directeur général des musées et des antiquités de Syrie)

Lancé le 2 juin 2015, moins de deux semaines après la chute de Palmyre aux mains de l’Etat islamique, notre collectif a bien failli prendre le nom de cette célèbre cité antique, rose des sables du désert syrien.

Palmyre est en effet un symbole fort, notamment de la lâcheté de nos prétendues élites qui ont choisi de sacrifier un pan du patrimoine mondial de l’humanité[1] sur l’autel de calculs géopolitiques ô combien contestables.

Voilà l’un des sites antiques les mieux conservés au monde, un site essentiellement romain dont les vestiges sont parvenus jusqu’à nous, un site pourtant que nos dirigeants ont laissé tomber aux mains des barbares du soi-disant Etat islamique.

C’est ainsi pour mieux nous désolidariser de nos gouvernants que le CLIC a failli s’appeler Collectif Palmyre.

Aussi avons-nous souhaité rencontrer le Professeur Maamoun Abdulkarim lorsque nous avons appris son bref passage à Paris.

Directeur général des Antiquités et des Musées de Syrie depuis 2012, M. Abdulkarim est en charge de la protection du riche patrimoine de ce pays ravagé par la guerre depuis maintenant plus de quatre ans.

Profitant de ce que cet ardent défenseur du patrimoine syrien est d’abord un archéologue francophone et francophile, nous avons voulu évoquer avec lui quelques grandes figures de l’archéologie française en Syrie : François Thureau-Dangin (1872-1944), Robert du Mesnil du Buisson (1895-1896), Claude Schaeffer (1898-1982), et plus encore André Parrot (1901-1980).

Ce dernier mit au jour un site dont on parle (trop) peu aujourd’hui mais qui a fait l’objet de nombreux pillages et autres saccages au cours de ces derniers mois : Mari, dans la vallée de l’Euphrate, à la frontière irakienne, dans le gouvernorat de Deir ez-Zor.

Formidable cité remontant au IIIème millénaire avant notre ère, Mari a fourni au département des antiquités orientales du Louvre de nombreux chefs-d’œuvre, à commencer par la statue dite de « l’intendant Ebih-Il », merveille en albâtre, bitume et lapis-lazuli découverte en janvier 1934 par André Parrot.

Nous ne saurions trop recommander à nos lecteurs d’aller voir ces œuvres protégées derrière les murs épais du palais du Louvre et de penser à toutes celles que M. Abdulkarim s’efforce actuellement de protéger dans son pays, tandis que le nôtre, la France, prétend par la voix de son ministre des Affaires Étrangères que les islamistes du Front al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, font « du bon boulot »…

[1] Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1980, c’est-à-dire un an avant les vestiges romains d’Arles et d’Orange.

Texte par Guillaume Pradoura

Merci à Christophe Boucher pour la vidéo


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