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rappeurs politiques

Regard sur l’actualité : « rap islamo racaille » versus « artistocratie d’Etat »

L’avénement du rap « islamo racaille »

La jeunesse est une période qui fait naître dans les cœurs l’envie de rébellion et le goût de la transgression. Arthur Rimbaud disait que « Je est un autre », indiquant par là son dégoût de la subjectivité de la morale bourgeoise, et son désir de porter un regard objectif sur le monde. Quelques années plus tard, André Gide publia L’Immoraliste. En effet, chaque époque nourrit en son sein un courant avide de la contester, généralement incarné par des figures charismatiques. Ainsi, les années 50 consacrèrent la fureur de vivre des blousons noirs et de James Dean, puis la plus intello « beat generation » dont le roman phare restera à jamais Sur la route de Jack Kerouac. Plus tard, ce fut le tour des punks et des néo-romantiques, ayant Johnny Rotten ou Ian Curtis pour fer de lance. Récemment, la génération X a crié son mal-être par le biais du grunge désespéré de Kurt Cobain et de Layne Staley (Alice In Chains). La nôtre ne mérite visiblement pas mieux que le bling-bling et la violence gratuite.

 

Une partie de la jeunesse vivant en France s’est éprise de rappeurs nihilistes, et paradoxalement moralistes, lesquels se nomment parfois eux-mêmes « islamo-racailles ». Pour eux, « Je » n’est pas un autre, en ce sens qu’ils ne contestent une morale subjective que pour la substituer à un idéal de pureté fantasmé, bien plus enfermant. L’objet de leur courroux est la France, nation qui les a vus naître, et dans laquelle ils ne se reconnaissent pas. Pourtant, cette dernière leur a beaucoup donné. Notre nation millénaire occupe le mauvais rôle que décrivait le pédo-psychiatre anglais Donald Winnicott, celui de la « mère trop aimante » qui a maintenu ses enfants dans un sentiment de toute-puissance et d’omnipotence. Le laxisme généralisé a produit une génération perdue, les enfants de 68 ne sont pas créatifs comme leurs prédécesseurs, ce sont des boules de haine prêtes à en découdre.

 

Des boules de haine choyées par les médias et les responsables politiques. Certains sont subtils et tiennent un discours suffisamment ambigu pour laisser planer le doute sur leurs véritables intentions. Le rappeur Médine, convié en grande pompe pour célèbrer « La Nuit du ramadan » sur France 2, prône le « djihad social ». Il entend semer le trouble chez ses contradicteurs, ceux qui lui reprochent d’avoir écrit qu’il fallait « crucifier des laïcards » dans la chanson « Don’t Laïk ». Pourtant, qui peut sérieusement imaginer que certains de ses très jeunes auditeurs ne le prennent pas au premier degré ? Médine joue sur plusieurs tableaux, il est heureux d’avoir une tribune institutionnelle payée par notre redevance pour diffuser ses messages, mais continue à donner de lui une image de gros dur « islamo »racaille », auprès de son public moins instruit. Pareillement, Nekfeu criait récemment « Nique le FN » lors d’un spectacle face à la mairie de Paris, et appelait à un « autodafé sur Charlie Hebdo » dans la bande oririginale du film La Marche (voeu tristement exaucé quelques mois plus tard). On peut aussi citer, dans un genre qui se veut « potache » et simplement « racaille », mais n’est en réalité qu’insultant, le duo Poposte et Rémy. Voici ce qu’écrivent les deux « artistes » angoumoisins dans la chanson « Première dinguerie »:

« J’veu la tête de Marine découpée, rangée dans un sac
Je veux les voir qui tapinent tous ces pédés de la Bac […]
Toujours le sourire quand un flic crève […]
J’aime quand un flic va à l’enterrement de ses collègues
Armes de guerre, on vient tout quer-bra […]
Clic, clic, coup de kalash, c’est toit qu’on arrache »

Les derniers en date à s’être illustrés, dans le genre tragi-comique du rap « islamoracaille », sont les membres du groupe Zone 3. Plus sérieux que les zozos d’Angoulême, le groupe a fait franchir un cap au genre. Ici, point d’ambiguïté, mais une haine meurtrière parfaitement assumée. Dans une reprise rappée de « La Marseillaise », un des « artistes » assène cette horreur : « Si tu fermes pas ta gueule, on te la fait à la Merah. » La France hors la France ne voit pas un criminel en Merah, mais le héros d’une cause idéalisée qui fait froid dans le dos : notre destruction.

Lien : http://www.bvoltaire.fr/gabrielrobin/rap-islamo-racaille-on-a-blousons-noirs-lon-merite,196071

L’artistocratie d’Etat se rebiffe

Philippe Muray a créé un néologisme toujours d’actualité : « artistocrate ». Il estimait que les artistes étaient les aristocrates de notre temps, appartenant à une caste privilégiée dont la qualité se transmet par adoubement de l’Etat, ou par filiation. Difficile de lui donner tort.

Depuis quelques semaines, Fleur Pellerin, ministre de l' »artistocratie d’Etat », se rebiffe. Lassée d’être moquée, elle tente de présenter un « projet de loi » innovant (fort ridicule, comme décrit ici même : http://cultureetlibertes.fr/2015/07/20/premier-commentaire-sur-le-ridicule-projet-de-loi-pellerin/), tout en menant une cyber-bataille pathétique contre les forces patriotes. Son idée est de démontrer que nous n’aimons pas la culture, et que nous ne pensons qu’à « censurer », ou à vouer les artistes aux gémonies populaires. Rien n’est plus faux, mais nous perdons beaucoup de temps à réagir aux absurdités contemporaines, lesquelles sont quotidiennes et de plus en plus édifiantes.

Madame Pellerin s’est insurgée contre le maire de Fréjus, David Rachline, sur le réseau social twitter. N’a-t-elle pas mieux à faire, comme par exemple  défendre les artisans d’art et leur proposer un statut convenable (http://cultureetlibertes.fr/2015/07/16/letat-meprise-les-artisans-dart-une-honte-doublee-dune-absurdite/) ? Il faut croire que non. L’objet de son courroux est une proposition de David Rachline visant à faire participer des artistes, logés à des prix dix fois inférieurs à la moyenne des loyers de Fréjus (2,50 Euros du mètre carré) en raison de leur statut particulier, à la vie locale. En républicain conséquent, animé de l’idéal méritocratique, l’édile estime que ces loyers à bas coût justifient l’accomplissement de devoirs, à l’égard des autres habitants moins favorisés de la cité. En l’occurrence, superviser des activités périscolaires pour les enfants de la commune. Cette proposition sociale, de bon sens, hérisse les privilégiés, et ceux qui les protègent pour entretenir une force de frappe méta-politique. Nous l’estimons juste.

Plutôt que de s’attarder constamment sur le travail des maires, Fleur Pellerin ferait mieux de travailler à fond ses dossiers. La rentrée approche et nous serons vigilants.

 

Gabriel Robin – Secrétaire Général


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