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La Loi Pellerin : un projet vide. Nous sommes l’alternative !

Le projet de loi « création artistique, architecture, et patrimoine » a été adopté par la commission des Affaires culturelles et de l’Education de l’Assemblée nationale le 17 septembre 2015. Le projet de loi sera présenté en séance publique devant l’assemblée nationale le 28 septembre 2015. L’éditorial signé de la main de Fleur Pellerin (ou de sa plume), qui accompagne la diffusion médiatique du projet, est révélateur du vide de ces propositions. En effet, cet éditorial est frappé du sceau de l’hypocrisie la plus totale, en plus d’être confus et quasiment inintelligible.

 

Cette loi contribue à un processus sclérosant, à l’œuvre depuis plusieurs décennies : l’inflation législative. Les lois semblent n’être plus destinées qu’à garnir de quelques lignes supplémentaires les curriculum vitae de ministres interchangeables, elles n’améliorent jamais les problèmes auxquels sont confrontés les Français.

 

Par exemple, madame Pellerin a voulu inscrire « la liberté de création parmi les libertés fondamentales », « parce qu’il n’est pas d’ambition plus grande, pour une ministre de la Culture et de la Communication, que de vouloir protéger cette liberté de créer » (sic). Plus loin, elle poursuit en indiquant que ce projet a été imaginé « face aux entorses répétées dont [la liberté de création] fait l’objet ». Je n’ai pas vu, en France, de restrictions à « la liberté de création » autres que celles produites par la dictature du bien sociétaliste. Pensons, notamment, à l’annulation préventive d’un spectacle belge à Tourcoing, en raison de son nom (« Boudin et Chansons »), qui était, selon l’adjoint au maire de Gérald Darmanin, Monsieur Laïcité des « Républicains », susceptible de heurter les sensibilités de la communauté musulmane. Je doute que madame Pellerin pensait à cela en rédigeant son éditorial ampoulé. Au moment où les restrictions aux libertés se multiplient, suite à l’attentat tragique ayant visé les locaux de Charlie Hebdo, Fleur Pellerin bonimente pour se grimer en protectrice des Arts et des Lettres à peu de frais. Elle participe pourtant à l’étatisation forcée de la création artistique.

 

D’ailleurs, un peu plus loin dans le texte, Fleur Pellerin dévoile la vraie nature de son projet, pour garantir « la liberté de création » (déjà garantie au 19e siècle, mais passons). Le ministre indique : « La rendre possible, c’est l’élargir au plus grand nombre, au plus près des réalités locales : par un observatoire de la création artistique et des diversités culturelles qui me sera un outil précieux dans le cadre de la mise en œuvre de mes politiques publiques, par une reconnaissance des labels culturels et de tous ces lieux de diffusion que mon ministère accompagne ». Que signifie ce charabia, si ce n’est que « rendre possible la liberté de création » (phrase complètement idiote) ne se fera qu’en créant un nouvel organisme de contrôle, c’est-à-dire une officine liberticide de plus, au service de l’idéologie dominante ? En effet, l’« observatoire de la création artistique », au nom tout à fait soviétique, sera aussi chargé de faire respecter l’expression des « diversités culturelles », dont le contenu n’est pas précisé. Veut-elle imposer aux collectivités locales le versement de subventions à des associations communautaires, ou politisées, pour « garantir la liberté de création » ? Veut-elle imposer aux collectivités locales des spectacles avec des rappeurs racistes, misogynes, et violents, à l’instar de Médine invité par France 2 lors de la « Nuit du Ramadan » financée par notre redevance ? Quand elle parle de « transmission de la liberté de création », sait-elle au moins ce que cela veut dire ? Personnellement, je l’ignore. Comment peut-on transmettre de la « liberté de création » ? On pourrait se demander si le texte n’a pas été écrit par Christiane Taubira !

 

Fleur Pellerin n’ose pas aborder le problème du numérique frontalement, qui est pourtant un enjeu majeur. Les œuvres dématérialisées perdent de la valeur, et les auteurs sont appauvris. Comme l’a récemment rappelé l’avocat Richard Malka, la gratuité peut aussi être un vol. Mais pour s’attaquer à ce phénomène, il faut se confronter aux groupes transnationaux, tels Apple ou Amazon. Pour les combattre, il faut être souverainiste, et s’opposer réellement à la volonté de l’Union européenne d’étendre à l’infini la « concurrence libre et non faussée ». Fleur Pellerin est loin d’avoir cette idée en tête, en bonne mondialiste maternée par le cercle de réflexions libérales-libertaires Terra Nova.

 

L’hypocrisie de Fleur Pellerin ne s’arrête pas là. On peut constater que le champ lexical du ministère a évolué : « libérer », « protéger », « patrimoine commun », « transmission »… On croirait presque lire le manifeste du collectif Culture. Ne vous y trompez pas, il n’y a là rien de comparable. Fleur Pellerin s’abandonne simplement à l’air du temps, le gouvernement Valls sait qu’il ne peut pas faire l’économie d’un débat sur l’identité culturelle de la France. La différence avec nous est assez simple : ils ne parlent jamais de la France dans sa réalité charnelle, et travestissent les enjeux derrière un verbiage abscons.

 

Fleur Pellerin prétend que sa loi « changera les choses concrètement », en souhaitant « consacrer la liberté de création » au même titre que la liberté d’expression. Elle oublie que le gouvernement qu’elle représente fait taire les opposants, tels Eric Zemmour qui a été renvoyé de I-Télé sur ordre officieux du pouvoir, ou que Madame Anne Hidalgo, maire de Paris, a récemment banni le journal Le Figaro de sa mairie ! A-t-elle pris position pour François Rollin injustement renvoyé de France Info parce qu’il n’est pas assez proche des idées du pouvoir ? Bien sûr que non. Elle omet aussi de préciser que sa conception de la « liberté de création » se situe parfois aux frontières de la légalité, voire carrément dans l’illégalité. En témoigne l’exposition d’art pédo-pornographique de la Friche de la Belle de Mai à Marseille, illégale selon l’article 223-27 du Code Pénal en vigueur (voir lien). Fleur Pellerin a même déclaré vouloir faire de la Friche de la Belle de Mai son « modèle » : un comble. La liberté de création maximale : oui. La liberté de tout créer, y compris en violation de nos lois : non !

 

Pour nous Médine sur le service public, c’est non :

 

Médine

 

Pareillement, les fresques racistes et misogynes dans Paris, c’est non :

 

Paris 11

Le projet de loi évite savamment de s’aventurer sur le terrain de la diversité des opinions dans les médias, ou sur l’opacité des procédures de nominations dans les institutions culturelles. Et pour cause : l’opinion est confisquée dans la plupart des grands médias, et les nominations récentes à la tête de l’AFP, ou à celle de l’Ecole Nationale des Beaux-Arts, viennent plus souvent récompenser des courtisans, que des personnalités compétentes. Les copains et les coquins s’arrangent pour que chacun soit servi. Au Collectif Culture, nous sommes des républicains conséquents, et croyons aux vertus du système méritocratique, plutôt qu’aux vices du système ploutocratique. Nous pensons que les artisans d’Art comme David Grigny (ruiné par une circulaire absurde, voir lien) méritent autant, sinon plus, notre attention que les « artistocrates » médiatiques. Nous pensons que l’Etat doit être solidaire, et ne pas multiplier les impôts qui frappent toujours les mêmes, notamment l’extension de la redevance voulue par Fleur Pellerin à laquelle nous nous opposons farouchement.

 

Dans le projet de loi présenté par Fleur Pellerin figurent des déclarations d’intention qui resteront lettres mortes. Comment peut-elle vouloir protéger le petit patrimoine architectural ; quand dans le même temps, l’Etat français brade à la dictature qatari, un palais classé abritant un Institut Culturel Français à Vienne ? Comment peut-elle prétendre adapter les politiques relatives à la transition énergétique aux objectifs liés à la protection du patrimoine ; quand de nombreux bâtiments classés ont déjà été dégradés pour satisfaire à ce délire et qu’un bâtiment ultra-énergivore comme la Tour Triangle sera bientôt bâti ? Par ailleurs, vouloir offrir aux communes la possibilité de classer les bâtiments protégés est une absurdité, cela doit rester le rôle de l’architecte des bâtiments de France. Fleur Pellerin veut déposséder les communes de leurs vraies compétences, et leur en attribuer de nouvelles pour lesquelles elles ne possèdent ni le personnel qualifié, ni le temps d’accomplir correctement les missions !

 

Une fois de plus, le gouvernement présente un projet de loi inabouti. Fleur Pellerin démontre qu’avant d’être ministre de la Culture, elle est une ministre de la com’.

 

Gabriel Robin 

 

Lien relatif au cas de David Grigny :

http://cultureetlibertes.fr/2015/07/16/letat-meprise-les-artisans-dart-une-honte-doublee-dune-absurdite/

Lien relatif au cas de la Tour Triangle :

http://cultureetlibertes.fr/2015/06/30/encore-une-idiotie-de-la-part-de-la-mairie-de-paris-la-tour-triangle/


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