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Nous avons déjà un idéal : la France

« Tout ce qui te paraît au-dessus de tes forces n’est pas forcément impossible ; mais tout ce qui est possible à l’homme ne peut être au-dessus de tes forces. » Marc-Aurèle – Pensées pour moi même

 

Le vendredi 13 novembre nous apprenions avec effroi que l’Etat Islamique avait encore frappé en France. Impuissants face aux nouvelles terribles qui arrivaient minute après minute, nous ne pouvions que pleurer devant l’horreur de ce spectacle monté par l’Etat Islamique et joué par des terroristes issus de la « culture » islamo-racaille, fruit de la rencontre entre le pire du monde occidental et le pire du monde musulman. Des dizaines de jeunes Français assassinés froidement, lâchement, méthodiquement par la funeste Génération Merah. Les jours qui suivirent furent consacrés à l’enquête. Inutile de refaire ici le procès des manquements de l’Etat en matière de politique sécuritaire. Inutile de commenter encore l’aveuglement coupable des autorités quant à la passoire qu’est devenu l’espace Schengen, véritable Erasmus pour terroristes. Inutile de s’attarder sur les complicités qu’entretiennent des élus locaux (tous partis confondus) avec la nébuleuse Salafiste. Certains imams sont de véritables fondés de pouvoir des maires et contrôlent des pans entiers du territoire. Inutile aussi de se lancer dans une vaine course théologique. Le rôle du politique n’est pas de définir ce que serait le « vrai islam », nous ne danserons pas la valse exégétique avec les clercs contemporains. Les faits sont désormais connus des Français. Ils savent tout, et en tireront les conséquences qui s’imposent. Du moins, je l’espère.

 

En revanche, notre tâche consiste à distinguer, parmi les pratiques islamiques, celles qui peuvent être acceptables sur le territoire national, de celles qui ne le sont pas. C’est tout, et c’est déjà beaucoup. Les réponses à apporter à ceux qui nous font la guerre sont donc avant tout légales, sécuritaires et militaires. Nous devons nous réarmer sur le plan matériel, avant même d’envisager pouvoir nous réarmer sur le plan moral ou spirituel. Quand vous mourez de faim, vous pensez d’abord à vous alimenter. Point de matérialisme là-dedans, mais une logique humaine. Si les Français ont quelque chose à se reprocher, c’est bien d’avoir voté pour ceux qui n’ont pas su, pu, ou voulu, se confronter aux problèmes posés par l’immigration. Pour le reste, ils sont innocents.

 

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Quelques « sachants », du haut de leur Olympe spirituelle, estiment pourtant que le Politique n’a pas toutes les clés pour répondre à la menace. Ils ont tort, et c’est en grande partie parce qu’ils se font une piètre idée de ce qu’est le fait Politique. Madeleine de Jessey, porte-parole de Sens Commun satellite des Républicains présidés par Nicolas Sarkozy, écrivait ainsi pour le Figaro Vox » que : « Nos enfants ne résisteront aux sirènes de l’islamisme qu’à la condition d’être intégrés à une civilisation qui réponde à l’exigence de leurs aspirations. Il est temps de leur donner un idéal. » Peut-être est-ce là la réponse de la « droite légitimiste » à la deuxième gauche ? Une réponse du berger à la bergère. Une réponse de dame patronnesse qui n’a rien à envier à la dialectique victimaire de Christiane Taubira. En effet, et pour reprendre une expression désormais « tendance » (sic), ce qui définit l’ethos de « droite » (pourvu que cela ait encore un sens) est avant tout la responsabilité individuelle. Tout individu est souverain de lui-même.

 

Avant de commencer à condamner la France contemporaine, ou bien ce « monde occidental libéral » si difficile à définir, il faut condamner les coupables de ces assassinats. L’ennemi nous a désignés, nous ne pouvons plus feindre de l’ignorer. Il nous a désignés parce que nous sommes toujours la France historique dans sa diversité, dans sa polyculture. Le communiqué de revendication de l’Etat Islamique est à cet égard exemplaire, nous y sommes qualifiés de « Croisés, blasphémateurs, idolâtres », tous autant que nous sommes. Des socialistes libertaires, aux membre de l’Action française, en passant par les abstinents politiques, tout ce qui est national, tout ce qui est Français, leur est étranger. Comme le dit Eric Zemmour dans son éditorial du Figaro Magazine : « À la fois enfants de Saint-Louis et de Voltaire, de Bonaparte et de Jules Ferry, nous avons toutes les tares aux yeux des Savonarole islamiques. » Ils détestent tout ce que nous aimons, qu’ils soient légalement Français ou issus de pays extra-européens. La greffe n’a pas prise avec une partie de la jeunesse d’origine étrangère, et ce n’est pas parce que la France ne lui a pas donné un « idéal ». Au contraire, tous les idéaux possibles étaient disponibles. Regarder l’histoire de France, s’y plonger, c’est déjà se transcender. Encore faut-il le vouloir, encore faut-il le ressentir dans ses tripes.

 

Oui, il ne faut pas manquer de blâmer ceux qui nous dirigent depuis 40 ans, depuis trop longtemps. Mais s’ils sont nos adversaires d’aujourd’hui, ils ne sont pas nos ennemis et peut-être demain seront-ils à nouveau nos alliés, voire nos amis. Ces critiques ne doivent jamais servir d’excuse aux assassins, ou nous servir d’excuse pour expliquer pourquoi nous n’avons pas pris le pouvoir aux inaptes. Je ne désespère pas, la France a les moyens de se réunir dans l’adversité, sans basculer dans une unanimité stérile. À problème complexe, causes multiples. À situation inédite, raisons nouvelles. Les massacres de Paris résultent de la conjonction de plusieurs phénomènes : le regain de vitalité de l’islam de combat à travers le monde, l’affaiblissement des nationalismes arabes, l’ethno-masochisme postcolonial du monde occidental surtout, l’immigration massive qui a importé des conflits étrangers sur notre territoire encore plus. Le terrorisme islamiste en France prospère sur le terreau fertile d’une jeunesse qui hait la France, qui la méprise et la pense faible. Il maquille le ressentiment d’ignares en romantisme postmoderne et martial. L’invocation du mantra républicain n’y pourra pas grand chose de plus que les discours « néo réacs » et « déclinistes ».

 

Lors de l’élection de François Hollande, l’anti-France défilait. Il n’y avait pas un seul drapeau français place de la République, mais des drapeaux algériens, palestiniens, africains. Personne ne s’en était alors ému. Plus tard, en 2014, les premiers drapeaux de l’État islamique ont été vus dans Paris. Pas de réaction non plus. Il faut dire que le rap haineux anti-blanc existe depuis vingt ans, et que tout le monde trouvait ce nouveau mode d’expression formidable. Excusés, choyés, jamais punis. À bas le maître d’école, à bas le policier, à bas le père. À mort la verticalité, à mort l’autorité.

 

Une armée attend sur notre sol. Selon Le Figaro, ils sont 11.400 à être « surveillés » pour radicalisation, et non pas simplement 4.000. Les supplétifs, les sympathisants, les rieurs, les Français de papiers ne sont pas comptabilisés. La France est ciblée parce qu’elle abrite un serpent en son sein. Un serpent qui croît en se nourrissant de nos peurs, de nos renoncements. Un serpent qui s’amuse de l’atmosphère de terreur. Un serpent qui minimise. Un serpent qui est le golem de nos tabous. Tabous qui explosent au détour d’articles sur les drames. Le Parisien rapportait ainsi qu’Alexis, un jeune majeur typé, avait été épargné en raison de sa peau mate. « Ils l’ont visé puis se sont repris. Ils lui ont dit : “Toi, t’es des nôtres.” Et ils ont tiré sur un autre jeune à ses côtés », est-il écrit. Les jeunes Européens étaient prioritairement visés. Secondairement, tous les gens assimilés, qui aiment la France. Des « apostats », des « traîtres ».

 

Il y aura toujours des assassins, et ce n’est pas la France qui les a créés, ni directement ni indirectement. À gauche, on vous dit que le Front National a créé les terroristes parce qu’il « stigmatise » une partie de la population. À droite, on vous dit que la gauche a créé les terroristes parce que notre nation « ne transmet plus un idéal ». À chaque fois, la culture de l’excuse, à chaque fois la pensée de Badiou qui voudrait que l’ « homme blanc » soit le coupable ontologique de l’histoire du monde. La culture de la déresponsabilisation est la racine du mal qui nous afflige. Pour certains, il « faut plus de moyens dans les banlieues », pour d’autres il « faut plus d’idéaux transcendants ». Je crois que nous avons simplement besoin d’ordre et de savoir ce que nous sommes.

 

Ayad Jamal Aldin, intellectuel Irakien d’envergure, le dit mieux que moi : « On ne pourra traiter le terrorisme islamiste qu’en identifiant les causes fondamentales du phénomène. » Ces causes sont purement extra-Françaises, extra-Européennes, et même extra-Occidentales. Nous n’avons pas à nous excuser pour les massacres commis au nom d’une idéologie étrangère. Les Français n’ont strictement rien à voir avec ça.

 

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Une civilisation n’a pas à donner un idéal à sa jeunesse, c’est sa jeunesse qui doit lui donner un idéal. Jeunesse composée d’esprits libres, autonomes, capables d’agir pour le bien de la Cité. Ces individualités agissantes se retrouvent sur des valeurs fondamentales, et sur des permanents historiques.

 

Dans ce corpus de valeurs communes : des valeurs immanentes, et des valeurs transcendantes. Des valeurs différentes qui s’équilibrent. Le film américain « Tree Of Life » (L’Arbre de Vie en français) du réalisateur américain Terrence Malick a remporté la Palme d’Or au Festival de Cannes 2011. L’histoire du long métrage raconte la vie d’une famille américaine des années 50 mise en perspective avec la genèse de l’humanité. Pourquoi évoquerce film pastoral, tout aussi beau formellement que parfois gênant dans son approche évangélique et figée de ce qui serait constitutif de l’homme ? Plusieurs raisons l’expliquent. D’abord, les œuvres artistiques ont de tout temps servi de vecteurs de transmission de « valeurs », et s’inscrivent pleinement dans le mécanisme d’imitation propre aux désirs humains qu’avait inventé feu René Girard. Pour la plupart, nous désirons nous conformer aux valeurs perçues comme les meilleures par une majorité d’individus. Ensuite, l’œuvre de Terrence Malick illustre à merveille la dynamique créée entre ces valeurs que l’on pourrait qualifier d’immanentes et ces valeurs que l’on pourrait qualifier de transcendantes.

 

Le personnage du père, joué par Brad Pitt, est archétypique des valeurs « immanentes ». Il est un père autoritaire mais plutôt juste dans l’ensemble. Il souhaite protéger ses enfants d’un monde perçu comme cruel, et leur transmet les valeurs du mérite individuel, du travail, du courage. Pour s’en sortir, il faut vaincre ses ennemis. En ce sens, ses valeurs sont à rapprocher du mot « valeur » au singulier, issu du latin classique valor et désignant les qualités (souvent martiales) propres à chaque individu. En somme, les valeurs du père lui permettent de s’évaluer, de se positionner dans une hiérarchie.

 

Le personnage de la mère, incarnée par Jessica Chastain, est en revanche archétypique des valeurs « transcendantes ». Elle est aimante, affectueuse, console ses trois fils turbulents. Notamment le fils aîné qui se construit en miroir de son père en dépit, ou à cause, de la haine que peut lui inspirer l’ordre que fait régner ce dernier dans le foyer. La mère représente ici la grâce au sens biblique, elle a surpassé sa nature. Les valeurs transmises par la mère, dans ce film, car nous ne pouvons pas en tirer une règle, sont supérieures, plus difficiles à quantifier que celles du père, voire par certains aspects irrationnelles. Sur le plan temporel, ces valeurs transcendantes peuvent être assimilées à une démarche « éthique » vertueuse car elles découlent d’une volonté individuelle, d’un choix, contrairement à la morale définie par un ensemble de devoirs imposés ou de règles fixées arbitrairement.

 

Les trois enfants reçoivent de leurs deux parents des valeurs différentes, mais complémentaires. Les tensions générées par le couple, constitué par cet homme dur et cette femme affectueuse, permettent aux enfants de se situer dans l’existence. Ils ne sont pas des adultes monolithiques, mais des êtres complexes à même d’affronter les difficultés posées par des sociétés devenues elles-aussi de plus en plus complexes. Les enfants bien élevés évoluent en individus souverains d’eux-mêmes et capables de choisir, donc des adultes agissant dans la cité car guidés par une éthique personnelle construite en relation avec des normes collectives. Ce n’est donc pas à notre civilisation de donner un idéal à la jeunesse, mais bien à la jeunesse de donner un nouveau souffle, un idéal si vous voulez, à notre civilisation.

 

On retrouve un peu cette dichotomie dans les titres des célèbres romans de Marcel Pagnol : « La Gloire de mon Père » et « Le Château de ma Mère ». L’auteur provençal avoue être travaillé par son inconscient, et les valeurs transmises par ses parents, mais son propos est un peu plus complexe que celui de Terrence Malick. Ici, on ne peut catégoriser pleinement les valeurs du père comme étant immanentes, et celles de la mère comme étant transcendantes. Pourtant, le petit Marcel doit aussi se situer entre ces deux ensembles de valeurs. Réussir, s’élever socialement, ou bien vivre libre (du moins le croit-il) dans la nature comme son ami Lili des Bellons ? Difficile de trancher. C’est à ça que nous sommes aujourd’hui confrontés. Mais la posture réactionnaire est sclérosante car elle annihile notre capacité à imaginer un autre monde.

 

Les permanents historiques sont plus faciles à définir, ils appartiennent au domaine du charnel. Au commencement était l’amour : l’amour de sa terre, l’amour de ses ancêtres, l’amour de ce que l’on peut entendre, voir, sentir, toucher et goûter. Il en va ainsi pour Charlie Hebdo, Charlie de Gaulle, ou bien encore Charlie Maurras. Les Français, si dissemblables en apparence, partagent un spectre commun de sensations charnelles. Nous appartenons à une société complexe, de tout temps polyculturelle, selon la définition donnée par Edgar Morin. Elle n’est multiculturelle que depuis deux ou trois décennies, c’est-à-dire une broutille à l’échelle de notre histoire.

 

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Nous sommes la France des « sans-dents », des habitants de pavillons, des derniers résistants au Salafisme dans les cités HLM, et des héritiers de châteaux millénaires ; peu importe nos moyens financiers ou notre éducation, nous sommes fiers de ce que nous sommes. Nous n’avons pas besoin de mettre des mots sur notre identité, car nous la connaissons dans nos tripes. Nous n’avons d’ailleurs pas attendu Madeleine de Jessey, Natacha Polony, ou tout autre « intellectuel médiatique », pour nous réveiller. Nous ne sommes pas cyniques, c’est là notre force. Notre idéal ? Survivre et vivre en Français. Quand je lis les propos ignobles de Monsieur Bourbon de Rivarol à propos des attentats, expliquant que le concert de Eagles Of Death Metal était « satanique », je ne peux m’empêcher de penser que certains discours contribuent à justifier le pire. Non, sortir, faire la fête, s’amuser ne sont pas des activités « sataniques ». Oui, je préférerais toujours quelqu’un de « festif » et d’« ouvert » à un assassin pris au piège de ses superstitions et de ses ressentiments malsains.

 

Il est vrai, comme le dit Madeleine de Jessey qu’un mot d’ordre a été lancé par l’intelligentsia pour l’instant dominante : ne pas faire le jeu des « fachos », des « réacs », des « populos ». Je demande dans le même temps aux « réacs » de ne pas faire le jeu de l’islam politique, du pessimisme, au nom de clichés pseudo-spirituels. Nous n’avons pas à donner de leçons aux jeunes Français. Nous n’avons pas à les regarder de haut et à lancer : « Donnons leur un idéal ». Ils n’ont besoin de personne, ils retrouveront eux-mêmes leur idéal.

 

Gabriel Robin – Secrétaire Général 

 

 

Illustration : Jean-Dominique Ingres – L’Apothéose d’Homère (Musée du Louvre)


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