Publication

concorde

Défendre la culture française dans le monde

 

A- La France dans le monde actuel

 

Qu’entend-on par francophonie ? D’abord, un projet de rassemblement, et de coopération, des pays de « langue française », tant au niveau institutionnel, que de façon plus abstraite, au sein d’un espace mouvant de sensibilité culturelle française. La francophonie peut aussi désigner, plus concrètement, un espace politique, incarné par l’alliance diplomatique contractée par les membres de l’actuelle Organisation Internationale de la Francophonie.

 

L’espace francophone est marqué par son hétérogénéité. Les francophones sont liés par l’usage de la langue française, mais ils appartiennent à des territoires, des cultures, des traditions et des civilisations, parfois fort différentes. La France, cœur naturel de la francophonie, est un pays européen au carrefour de plusieurs sphères culturelles continentales. Si nos institutions sont principalement les héritières de feu la civilisation romaine, nous ne pouvons négliger nos influences grecques, germaniques, et celtiques. En ce sens la France est une synthèse de l’Europe occidentale, et la francophonie est la conséquence du développement historique de la civilisation française, à l’intérieur, et à l’extérieur, du continent européen. Il n’est pas inutile de rappeler quelques éléments historiques, et géographiques, de la francophonie, pour en mesurer l’ampleur.

 

La francophonie se déploie sur cinq continents. Elle comprend évidemment des pays européens, notamment la Belgique, la Suisse francophone, et le Luxembourg, mais aussi des pays de l’Est historiquement francophiles, tels la Roumanie, la Pologne, et par bien des aspects, la Russie, aujourd’hui honnie, malheureusement, par la diplomatie française contemporaine. L’explication est historique, et l’on peut parler à ce propos de proto-francophonie. En effet, la France fut longtemps la première puissance culturelle, et militaire, du continent européen. En conséquence, le français était la langue diplomatique, la langue des monarques (Catherine de Russie, Bernadotte roi de Suède n’a jamais appris le suédois durant ses 12 années de règne, la fille de Frantz-Ferdinand écrivit une lettre en français suite à l’assassinat de son père car cette langue lui était la plus naturelle). En outre, durant plusieurs siècles, la littérature française a pu prétendre à un privilège d’universalité (Apollinaire, Pouchkine, Cioran, plus récemment le prix Goncourt Jonathan Littel pour Les Bienveillantes).

 

Il existe aussi des zones francophones, géographiquement extra-européennes, principalement peuplées de populations européennes. Citons le Québec, poste avancé de la francophonie en Amérique du Nord, et attaqué violemment par l’impérialisme globaliste de son grand voisin du Sud. Plus marginalement, il reste encore quelques locuteurs de Français en Louisiane, et en Floride ; ces derniers ont d’ailleurs longtemps été brimés par l’Etat fédéral américain, et ce alors même que les Etats-Unis sont, par bien des aspects, un Etat respectueux des identités collectives, et individuelles. La francophonie n’est pas absente en Amérique du sud, déjà par la Guyane, mais aussi par l’Uruguay, fondé par des soldats du premier Empire, et membre invité de l’OIF.

 

Enfin, l’espace francophone, est présent sur des territoires extra-européens, hors de la civilisation française, et de ce qu’on pourrait qualifier, de sur-civilisation européenne. Afrique sub-saharienne, Asie, Maghreb musulman, Océanie, Inde (Pondichéry) : vous trouverez partout des francophones. Des francophones souvent abandonnés par une diplomatie française soumise. La Syrie était (et reste), par exemple, un pays francophone, et francophile. Nous avons pourtant affaibli ce pays ami, dans une manœuvre irresponsable, et déshonorante, alors qu’il était confronté aux meurtriers de l’Etat Islamique. Demain, peut-être, sera-ce le Liban, allié historique de longue mémoire, qui tombera sous le joug des barbares ?

 

La diversité culturelle (et civilisationnelle) de l’espace francophone en fait sa richesse, et sa faiblesse. En somme, la francophonie, élément constitutif de la civilisation française, ne saurait se confondre intégralement avec elle. Cette complexité prouve la grandeur de la France, et son génie. Peu de nations peuvent se targuer d’avoir su exporter leur langage ainsi.

 

Dans un monde globalisé par le totalitarisme culturel anglo-saxon, la francophonie est un atout maître. Le français, langue de culture, comme le disait Senghor, peut fournir un autre éclairage sur le monde. Pour cela, il faut redécouvrir la francophonie comme espace de sensibilité culturelle française, plutôt que comme strict partenariat institutionnel, souvent engoncé dans une logique économico-droit de l’hommiste stérile. La vraie sagesse des nations est l’expérience ; la France, une des plus vieilles nations constituées du monde, en a à revendre !

 

francophonie

 

B- Défendre la langue française en France, et en Europe

 

Nous ne pouvons pas faire l’économie d’une critique de la politique de la francophonie des vingt dernières années, faute de quoi nous répéterions les nombreuses erreurs qui ont été commises par les précédents dirigeants. A chaque sommet de la francophonie, on entend les mêmes déclarations satisfaites du ministère des affaires étrangères. Personne n’ose dire la vérité, ou personne ne veut l’admettre. Le français est en danger dans les institutions internationales, au sein de l’Union Européenne, mais aussi, et c’est le plus terrible, en France. Le français est en danger parce que l’Etat français ne se reconnaît plus dans notre histoire ; ses représentants sont des déracinés, des apatrides d’un nouveau genre. Ils sont tout autant chez eux à New York qu’à Paris, et l’anglo-américain technocratique est devenu leur première langue.

 

Pensez donc que Dominique Strauss-Kahn, lors de son arrivée sur le réseau social twitter, a publié ses deux premier tweets en anglo-américain. L’un de ces tweets disait : « Jack is back ». Cet exemple, au-delà de son caractère comique, est tristement révélateur. Nombreux sont les hommes politiques, UMP ou PS confondus, à utiliser des mots anglais pour communiquer, foulant aux pieds la langue française dès que l’occasion leur en est donnée. La France devient bilingue, et se prive de la richesse de sa langue. Pourquoi ces gens ne parlent-ils plus réellement français ? Pour la simple raison que la France leur paraît trop étroite. Ils ne se ressentent pas comme des français, mais avant tout comme des « citoyens du monde ». Les hyper-nomades, ainsi que les définit Jacques Attali, ont pour terrain de jeu un monde sans frontières, et sans repères, dont les règles sont imprégnées de l’imaginaire culturel anglo-saxon. Christine Lagarde donnait, le 10 avril2015, un entretien pour l’ENA … en anglo-américain.

 

La plupart des écoles de commerce s’appellent désormais « business schools », les professeurs y donnent leurs cours en anglo-américain. Idem pour les écoles de communication, les écoles d’ingénieurs… Bientôt peut-être aussi les facultés de droit subiront-elles ce sort, afin de se mettre en conformité avec la nouvelle réforme Macron qui aligne le droit continental sur le droit anglo-saxon. Les dictionnaires Larousse comportent des mots appartenant au triste jargon dit « globish », des mots qui trahissent d’ailleurs la déculturation profonde de notre pays (selfie, community manager…). Le français est un sujet de raillerie au sein des institutions européennes. Sachez même que la défense nationale travaille exclusivement en anglais, ainsi que de nombreuses administrations, aux fins d’assurer une meilleure « coordination européenne ». En outre, des services, tels Pôle Emploi, ou les caisses d’allocations familiales, embauchent des traducteurs pour répondre aux administrés. Il n’est même plus obligatoire de parler français, ni même d’essayer, pour vivre en France et profiter de notre généreux système social ! La France, mère de la francophonie, pourra réunir des sommets prestigieux à grands frais ; si elle renonce à défendre le français sur son propre sol, toutes ces manifestations bruyantes ne seront que du vent.

 

Qu’attendent de la France les autres pays francophones ? Une défense offensive de la langue française, par son cœur : la nation France redevenue pleinement souveraine, enracinée dans son histoire, assumant son identité millénaire, en somme une France française ! Mais comment affirmer notre identité nationale, dans le cadre d’une Union Européenne, conçue comme un grand ensemble multiculturel acquis à la cause du mondialisme, et pas même européenne ? Tous les problèmes sont liés, et la crise de la francophonie trouve son explication dans la destruction de la France ; destruction par le haut, c’est-à-dire par les traités supranationaux qui nous empêchent de légiférer pour imposer l’usage du français dans toutes les institutions nationales (et ce en contradiction avec l’article 2 de notre constitution), et par le bas, c’est-à-dire par une immigration qui prend la tournure d’une invasion, entraînant à sa suite un déclin de l’apprentissage du français dans les écoles de la république, voire parfois la promotion pure et simple des « langues d’origine » !

 

Nonobstant la défiance légitime que peut aujourd’hui susciter le nom de Dominique de Villepin, le discours du 14 février 2003 devant le Conseil de sécurité des Nations unies restera dans l’histoire. Il restera dans l’histoire pour son propos, que vous connaissez tous, mais aussi parce qu’il a été prononcé en français. La vieille langue d’un vieux peuple. Le fait de prononcer le discours en français était symbolique. Un symbole de non-alignement sur la funeste politique de Washington. Malheureusement, cela fut bref. Nicolas Sarkozy, puis François Hollande, ont purgé le vieil appareil diplomatique français de ses éléments les plus cultivés, pour les remplacer par de nouveaux éléments acquis à la cause de l’américanisation forcée du monde. Ce qui explique en partie les dernières décisions catastrophiques, comme la guerre de Libye, ou le mauvais positionnement syrien.

 

La dénaturation du langage crée de l’insécurité culturelle. Pareillement, l’abandon de l’usage du français par nos élites est symptomatique d’un cycle de déclin historique majeur.

 

C- Exporter notre culture dans le monde

 

Nous avons vu que le rêve d’une francophonie puissante ne restera qu’un vœu pieux sans une France française enracinée dans son histoire, défendant sa langue, et ses traditions, au moins sur son propre sol. Ce préalable est vital et nécessaire. Notre France enfin retrouvée, quelques décisions politiques permettront de faire de la francophonie un atout extraordinaire pour la France de demain. Le monde contemporain connaît l’émergence, ou la réémergence, de grands ensembles puissants, capables de se sortir du giron américain (Inde, Chine, Russie, dans une moindre mesure, Brésil…). Dans la perspective d’une multipolarité que nous appelons de nos vœux, la France a la chance de pouvoir être présente sur les cinq continents, tant grâce à ses départements et territoires d’Outre-Mer, que grâce au français dont le nombre de locuteurs est en augmentation (274 millions de pratiquants, 212 l’utilisant quotidiennement, 77 millions de locuteurs natifs, langue officielle de 29 pays). Soyons conscients que la première vertu d’une nation est la patience. Les bâtisseurs de cathédrales étaient patients. Nos politiques doivent désormais s’inscrire dans l’optique du développement durable de notre civilisation. Voici quelques propositions pour faire de la francophonie un espace politique puissant, vecteur de rayonnement de la France de demain :

 

1-La langue française est un attribut de souveraineté.

 

L’article 2 de la constitution de la 5ème République dit que : « La Langue de la République est le français ». Ce principe doit être appliqué avec force, nous devons dénoncer les dérives actuelles (voir exemples plus haut).

 

2-Il faut résister aux tentatives de politisation du langage.

 

Plusieurs lois récentes ont dénaturé notre langue, par souci d’égalitarisme. On peut penser à l’interdiction de l’usage du mot « mademoiselle » dans les administrations publiques, ou à la féminisation forcée du vocabulaire. Pourtant, la particularité historique du français est d’avoir été développé, et codifié, par des institutions d’intellectuels indépendants. La Pléiade d’abord. Ensuite, l’Académie Française depuis 1635. La nature académique du Français doit être préservée. Cela ne signifie d’ailleurs pas que notre langue est figée, mais bien plutôt qu’elle évolue sans se dénaturer. Joséphin Péladan le résuma en une phrase : « Être moderne, c’est avoir tout le passé présent à l’esprit »

 

3-Nous devons continuer à défendre avec vigueur la place du français dans les institutions internationales.

 

Le français est une langue officielle de l’ONU, et une de ses deux langues de travail. Idem au sein de l’Union Européenne, et du Comité Olympique. De nombreux anglo-saxons, et quelques séides français, voudraient voir cela changer. Il n’en est pas question.

 

4-Rénover les réseaux des Instituts français et des Alliances françaises à l’étranger.

 

Les réseaux des Instituts français et des Alliances françaises à l’étranger devraient être fusionnés, en supprimant les trop nombreux doublons et en les plaçant – ainsi que l’Institut français de Paris, désormais EPIC, qui devra être renforcé – sous la tutelle du ministère de la culture, pour les libérer du joug des diplomates politiques. Cela permettrait une vraie refonte du réseau, distinct de celui du réseau diplomatique qui l’utilise trop souvent à d’autres fins (politiques et diplomatiques) que celui du rayonnement de la France, de ses arts, de sa langue et de sa culture. Les Instituts français et les Alliances françaises peuvent être des armes de diplomatie douce. Pour lors, elles servent principalement d’armes de promotion à une élite déconnectée. La fameuse « république des copains ».

 

A l’étranger, le réseau culturel (instituts français et alliances françaises) se doit de présenter avant tout l’exigence et l’excellence françaises face à la mondialisation. Il nous faut retrouver le prestige de la présence de la France à l’extérieur ainsi que la langue française, les langues de France et la francophonie, reprendre les grandes tournées nationales et régionales, pour des économies d’échelle, plus de visibilité et de rayonnement.

 

Renoncer au saupoudrage est nécessaire. Une partie de la faute en revient au nouvel Institut français de Paris dont la mise en place récente a déçu, malgré de grands effets d’annonces. La fusion avec l’Alliance Française a été ratée, finalement abandonnée. Elle devra être réalisée pour un commandement unique et une visibilité commune et cohérente, sous le seul nom d’ « Institut français ». Il apparaît prioritaire de mettre fin aux doublons, et de ne plus accepter de « mille-feuilles » dans notre dispositif culturel (comme dans les autres secteurs d’ailleurs), en France et à l’étranger. (voir par ailleurs, la vente du palais viennois de l’ICF au … Qatar, suscitant l’ire justifiée des autorités autrichiennes).

 

5-Promouvoir les artistes qui s’expriment en français.

 

Patrick Kanner, ministre de la ville, s’est récemment félicité de la désignation du musicien David Guetta en tant qu’ambassadeur de la musique française pour l’Euro 2016. Si David Guetta est un artiste populaire et respectable, ayant un public important et fidèle ; nous ne pouvons soutenir cette décision avec autant d’enthousiasme que le monsieur Kanner. En effet, David Guetta chante en anglais une musique pop électronique, fortement semblable à celle qui peut être entendue sur les ondes des radios, de Pékin à Los Angeles. Un ambassadeur de la musique française devrait chanter un hymne en langue française, représenter l’excellence des musiques populaires du pays, et ne pas forcément être excessivement connu hors de nos frontières. Mieux vaut promouvoir des artistes plus typiques, en capacité réelle d’incarner  la culture musicale de notre pays. Cette philosophie doit s’appliquer à tout.

La francophonie, arme de diplomatie douce, doit s’accompagner de la diffusion d’œuvres, et de biens culturels, en langue française. L’Etat doit aider à accomplir cet objectif, en valorisant l’exception culturelle française.

 

6-Des médias francophones internationaux

 

France Médias Monde doit être repensé à l’aune d’une politique de la francophonie offensive. Nos médias destinés à l’étranger devraient pouvoir proposer des contenus originaux (séries, téléfilms, émissions de débats de qualité), à la manière du groupe BBC. Une grande chaîne publique française d’informations en continu doit être envisagée dans l’optique de rivaliser avec CNN ou Al-Jazeera. L’Etat français doit se doter d’une force de frappe diplomatique conséquente, à même de restaurer son influence dans le monde, et sa voix propre.

 

Pas aujourd’hui cependant, pour des raisons politiques évidentes. François Hollande s’approprie les grandes institutions culturelles en nommant ses proches à leurs têtes. Une chaîne d’informations en continu lancée par Delphine Ernotte serait une chaîne au service de la propagande du gouvernement, férocement euro-mondialiste.

 

7-Repenser notre diplomatie

 

La France se soit de soutenir les minorités francophones, où qu’elles se trouvent dans le monde. En commençant, bien sûr, par les mouvements souverainistes québécois, qui font vivre le français, et la culture française, en Amérique du Nord. En outre, dans une optique de non-alignement sur la politique étrangère américaine, nous devons restaurer les alliances historiques avec les pays francophiles du Moyen-Orient, et d’ailleurs, comme évoqué plus haut.

 

 

Gabriel Robin – Secrétaire général


[ Si cet article vous a plu n'oubliez pas de faire un don. ]

Soyez le premier à publier un commentaire.