Publication

moutons

Intelligence artificielle : un pas de plus vers la « robolution »

Auguste de Villiers de L’Isle-Adam, nouvelliste et romancier de grand talent, publiait en 1886 ce qui reste son chef d’œuvre : L’Eve future. Œuvre majeure d’un genre alors bourgeonnant, la science-fiction, L’Eve future est un conte cruel racontant l’histoire du jeune Lord Ewald, amoureux d’une femme splendide mais stupide. À l’aide de l’ingénieur Edison, Lord Ewald fabrique une « andréide » beaucoup plus intelligente que son modèle et gardant toutes ses qualités physiques. Le premier androïde était né de la plume d’un dandy symboliste inspiré par la fée électricité. Le rêve du marquis de Villiers de L’Isle-Adam lui survécut. Il est même devenu l’obsession majeure de notre temps.

 

Mardi dernier, AlphaGo triomphait de Lee Sedol, champion sud-coréen du jeu de Go. Près de 20 ans après les échecs, un autre bastion ludique rendait les armes face à la machine. Historique. AlphaGo est une création de Deep Mind, entreprise britannique rachetée par Google en 2014. Demis Habassis, fondateur de Deep Mind, l’affirmait avant la rencontre : « AplhaGo ne fatigue pas et ne se laisse pas intimider ». Constat cruel mais juste. AlphaGo ne se contente pas de ces attributs « naturels » et traditionnellement associés aux machines. AlphaGo est inventif, capable de couts inédits et doué d’une faculté d’adaptation stupéfiante. Le programme,  architecturé par un réseau de neurones d’une complexité stupéfiante, a démontré qu’il pouvait surpasser le meilleur joueur de Go au monde. C’est une première étape vers la machine autonome. Une étape cruciale.

 

Lee Sedol a réussi à gagner la quatrième manche, après avoir saisi les subtilités du jeu de son adversaire numérique. Le cerveau humain est capable de tout, y compris de créer une intelligence artificielle qui lui soit supérieure par certains aspects. Si notre cerveau tient dans  un espace fini, les machines autonomes se développeront dans un espace infini appelé le « cloud ». Les questions éthiques posées par ces évolutions techniques seront majeures. La littérature de science-fiction s’y est attardée depuis les œuvres d’Isaac Asimov jusqu’à Ghost in the Shell, en passant par nos cyberpunks français Maurice G. Dantec et Roland C. Wagner. Quid de l’homme quand la machine est en mesure de le remplacer ? La révolte des canuts de Lyon préfigurait déjà ces avancées. La « robolution » en cours entraînera-t-elle à sa suite un retour du Luddisme ? Nul ne peut le prévoir. Une certitude cependant : le développement des capacités physiques et cognitives des machines sera la grande révolution technologique du siècle à venir.

 

De 2008 à 2014, le taux de croissance annuel moyen du marché français de la robotique de service a été de 29,4 %. De nombreux secteurs vont considérablement évoluer avec l’arrivée des robots : robotique industrielle, robotique de service (robots médicaux), robotique domestique, robotique militaire. Les progrès physiques des robots sont tout aussi impressionnants que les progrès affichés par AlphaGo ; il suffit de regarder les vidéos de Boston Dynamics pour s’en persuader. Les machines arrivent désormais à courir, à se relever d’une chute ou bien encore à résister aux assauts d’un combattant armé d’un bâton.

 

La France est une nation compétitive dans ce secteur en gestation. Il nous est indispensable de conserver une avance technologique importante sur le reste du monde pour rester  une grande puissance. Comme toujours dans son histoire, et conformément à ses traditions et à son identité, le monde occidental pourrait trouver son salut en innovant. Ne subissons pas la « robolution », soyons en les acteurs.

 

Gabriel Robin – Secrétaire général

 

Lien : http://www.bvoltaire.fr/gabrielrobin/intelligence-artificielle-un-pas-de-plus-vers-la-robolution,245293


[ Si cet article vous a plu n'oubliez pas de faire un don. ]

Soyez le premier à publier un commentaire.