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Quand des ambassadeurs font leur beurre sur le patrimoine national ou la République des coquins

Un article du Parisien, faisant état des pratiques honteuses en vigueur au Quai d’Orsay, n’a pas suscité de nombreux commentaires dans les médias. C’est dommage car l’auteur décrit très précisément tout ce qui ne va pas : tyrannie d’une caste (l’ex madame Baylet au premier chef), liquidation du patrimoine national à l’étranger, détournements d’argent public… Bref, l’habitus même de la République des Coquins. À lire.

 

Source Le Parisien – 7 avril 2016 – Henri Vernet :

Lien : http://www.leparisien.fr/une/les-etranges-pratiques-du-ministere-des-affaires-etrangeres-07-04-2016-5693801.php

« Tout commence comme une histoire de corbeau : un paquet anonyme qui atterrit à l’été 2012 sur le bureau de la directrice administrative du Quai d’Orsay. A l’intérieur, des photocopies de factures d’entreprises de luxe — L’Oréal, Kenzo, Ruinart, Relais et Châteaux —, pour un total de plus de 90 000 €, réglées à titre personnel à l’ambassadeur de France à Madrid. Louer une ambassade à des groupes privés, surtout un lieu aussi prestigieux que la résidence madrilène avec ses 18 000 m², sa piscine et ses tapisseries des Gobelins, c’est chose banale depuis que l’Etat rabote et rentabilise partout. Mais l’argent doit aller dans les poches du ministère, pas de l’ambassadeur.

L’accusation est grave. Mais l’intéressé n’est pas n’importe qui : Bruno Delaye est le diplomate chéri de la gauche. Ancien conseiller de Mitterrand et de Védrine, le sexagénaire porte beau, aime les grosses motos, les grands vins et la corrida, est à tu et à toi avec Hollande comme avec Carla Bruni. Dans un Quai d’Orsay plutôt gris, il est autant jalousé que glorifié. Bref, affaire sensible !Résultat, elle est traitée en douceur et en toute discrétion par les bœufs-carottes du ministère. Là où d’autres fonctionnaires auraient pu être radiés voire pire.

Le détournement n’étant pas prouvé, Delaye n’écopera que d’un blâme… et paradait dernièrement dans un dîner d’Etat à l’Elysée. L’ouvrage « la Face cachée du Quai d’Orsay »*, du journaliste de « l’Obs » Vincent Jauvert, fourmille de révélations de ce genre, signes du délabrement — physique et moral — d’un ministère au prestige fané. 

Des diplomates qui fraudent en couple sur les notes de frais, vendent de l’alcool sous le manteau dans telle capitale arabe, subtilisent les œuvres d’art en dépôt à la résidence, harcèlent leur personnel quand ils ne sont pas pris dans des affaires de pédophilie comme naguère en Asie, le tout dans une quasi-impunité sous prétexte d’épargner l’institution du scandale : voici le sombre tableau dépeint par Jauvert, qui a récupéré des documents confidentiels et recueilli des dizaines de témoignages « maison ».

La compagne de Fabius se mêlait de tout

De fait, côté politique, le bilan n’est pas plus reluisant, entre un réseau réduit à peau de chagrin et un patrimoine vendu à la découpe (New York, Berlin…) pour cause de coupes budgétaires, les compromissions, les erreurs d’analyses. Exemple, ce télégramme diplomatique envoyé quelques mois avant le début de la guerre civile en Syrie par l’ambassadeur à Damas. Eric Chevallier, un « bébé Kouchner » nommé par le French Doctor, y vante la réussite de « son » 14 Juillet dans la capitale syrienne : « Un très grand coup », se félicite-t-il dans la missive restée dans les annales, tout le régime de Bachar al-Assad se pressait aux festivités ! L’homme s’obstinera longtemps à plaider en faveur du président massacreur… avant, il est vrai, d’aider aux livraisons de matériel aux rebelles.

Côté politico-people, on découvre le rôle influent joué au ministère par la compagne de Laurent Fabius, Marie-France Marchand-Baylet (ex-femme du ministre radical de la Fonction publique). Elle aurait mené à la baguette les attachés de presse du ministre, œuvré à la restauration du château oublié de La Celle-Saint-Cloud (résidence officielle des patrons du Quai d’Orsay) et se serait même mêlée de nominations.

L’auteur raconte qu’une diplomate chevronnée, sur le point d’obtenir une belle ambassade, aurait été finalement blackboulée… juste après un tête-à-tête avec Madame. « Mésentente entre femmes » aurait commenté un Fabius interrogé sur l’épisode. La morale de cette enquête passionnante appartient à un ambassadeur : « Je n’en peux plus du Quai, de sa bureaucratie, de ses ministres fous. Je reste ici le temps de trouver un bon job dans le privé. »

*  « La Face cachée du Quai d’Orsay », Vincent Jauvert, Ed. Robert Laffont, 306 p. 20 €. Sortie le 11 avril. »


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