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Quant les artistes se dressent pour défendre l’exception culturelle, abandonnée par Audrey Azoulay

Plus de 1.800 artistes français, parmi lesquels des pointures de la « variété » comme Jean-Jacques Goldman ou Francis Cabrel, publiaient récemment un appel contre la remise en cause des quotas de chansons française à la radio.

 

La lettre, appelée « Touche pas à mes quotas » », entend défendre le système des quotas, en vigueur depuis 20 ans déjà, imposant au moins 40 % de « chansons d’expression française » sur les radios. Ce système, imparfait, permet néanmoins de protéger le patrimoine artistique français et les artistes contemporains qui s’expriment dans la langue de Molière. Les quotas, un peu liberticides, sont un mal nécessaire pour résister à la domination de l’anglo-américain dans le domaine de la musique populaire.

 

Certes, ces quotas ont entrainé la domination du rap et du r and b bas de gamme, sur les antennes jeunes comme Skyrock ou NRJ, mais ils ont aussi fait connaître des artistes originaux et talentueux qui ont réussi à produire une musique pop de qualité française. On peut citer par exemple Benjamin Biolay ; preuve que nous ne sommes pas sectaires, tant ce dernier nous déteste.

 

Dans leur appel, les artistes français estiment que : « Sans les quotas, nous n’aurions pas depuis plus de 20 ans une telle richesse dans la chanson (…) et les artistes d’expression francophone n’auraient pas connu de tels succès à l’international ». Cela est exact. Il est d’ailleurs attristant que les organisateurs de l’Euro 2016 aient préféré choisir une chanson en anglais pour la chanson officielle de l’Euro, quand bien même David Guetta soit un artiste français. Idem pour la chanson officielle de l’équipe de France, du groupe Skip The Use, chantée elle aussi en anglais.

 

Quel message cela renvoie-t-il ? Que le français n’est pas une langue internationale ? Que les artistes français sont condamnés à chanter en anglo-américain, y compris en France ? En tout cas, pas de quoi choquer le ministre de la Culture, Audrey Azoulay, censée pourtant défendre l’exception culturelle française.

 

Audrey Azoulay a ainsi déclaré que David Guetta était un « grand artiste français » qui « nous représente magnifiquement à travers le monde » et qu’on devrait « lui en être reconnaissant ». Passons sur le jugement de valeur, David Guetta étant un artiste grand public dont les « compositions » sont destinées à être jouées dans les boites de nuit, ce qui n’est pas honteux en soi. Mais comment le ministère de la Culture peut-il justifier que la chanson soit en anglo-américain en arguant du fait que l’Euro soit « une compétition internationale, européenne, qui se déroule en France sous les yeux du monde » ? N’était-ce pas justement le moment idéal pour présenter un artiste qui chante dans notre langue ?

 

Les artistes ont raison de se lever pour défendre l’exception culturelle française, étant donné que le ministère semble ne pas en exprimer le désir. Rappelons cependant que le protectionnisme ne vise en France que les biens culturels, et pas les secteurs stratégiques essentiels comme l’agriculture. Espérons qu’un jour les artistes se dresseront aussi pour défendre les plus petits qu’eux, qui vivent dans une misère dont ils n’ont pas toujours idée.

 

Gabriel Robin – Secrétaire général

 


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