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Euro 2016 : culture foot ?

Qui n’a jamais aimé ce jeu merveilleux qu’est le football ? Quel petit garçon n’a pas passé des heures à jouer au football dans sa rue ou dans la cour de récréation ? Je le confesse : dès que l’école était finie, je préférais aller chercher mes copains pour improviser une partie sur le parking près de chez moi plutôt que de commencer mes devoirs. Nous rêvions alors aux exploits des Baggio, van Basten, Papin, Ginola et autres Djorkaeff. Que de souvenirs… Le football était déjà un divertissement de masse, mais c’était d’abord un jeu magnifique, accessible à tous. Un ballon, quatre pulls pour faire les buts, un terrain vague ou même une rue déserte. Il n’en fallait pas plus pour jouer pendant des heures.

Et puis, il y avait le stade. L’ambiance des gros matchs au Stadium municipal de Toulouse, quand nous recevions l’Olympique de Marseille ou le FC Nantes de l’époque. Le mauvais sandwich à la merguez offert par le paternel, les fumigènes, les buts de dernière minute et la liesse qui les accompagnaient. On peut ne pas aimer ce sport et, comme l’écrivain argentin Jorge Luis Borges, croire que « le football est populaire parce que la stupidité est populaire ». On peut aussi, à l’instar du cinéaste italien Pasolini, penser que « qui ne connaît pas le code du football ne comprend pas le sens de ses mots ni le sens de son discours ».

Je me situe clairement du côté de l’Italien. Le football est un sport glorieux parce qu’il est incertain, injuste, déchirant parfois. C’est le seul jeu qui magnifie ce membre oublié qu’est le pied. Ne dit-on pas des mauvais musiciens qu’ils jouent « comme des pieds » ? On ne peut pas contrôler à 100 % une frappe du pied comme on le ferait d’un lancer de la main. Le joueur le plus génial rate parfois un penalty décisif. Rappelons nous Roberto Baggio, christique, effondré, après son raté en finale de la Coupe du monde 1994. Qui peut oublier les images de Maxime Bossis se tenant la tête des deux mains après son échec contre cette infâme brute de Schumacher, en demi-finale de la Coupe du monde 1982 ? Le football est un sport dramatique qui nous fait basculer de l’euphorie la plus pure au spleen en à peine quelques secondes.

Opium du peuple et revanche du peuple. Ce jeu est tout cela à la fois. Les esprits chagrins m’objecteront qu’on achète la paix sociale avec du pain et des jeux. Ils n’auront pas tort. Auparavant, le jeu distinguait des héros populaires, sortis de l’usine pour devenir des idoles. George Best appartenait à cette race de héros pop, mods et skinheads, auxquels se sont identifiés des générations d’Anglais. Désormais, nous devons faire avec des joueurs souvent crétins, lisses ou carrément racailles. C’est ainsi. J’ai beaucoup moins envie de les regarder, encore moins de les soutenir. Mais je n’aurais pas le cœur d’empêcher un enfant de le faire.

Les joueurs sont devenus les hommes sandwichs d’un système mercantile, absolument dégueulasse, d’instances richissimes qui promeuvent un mondialisme. Le football est déraciné, ainsi que nous le sommes tous. On le constate encore à l’Euro avec ces « fan zones » pasteurisées, qui répondent à un monde dangereux imposant une terrible société de la surveillance permanente. On le voit avec Thierry Braillard, secrétaire d’État en charge des Sports, qui a interdit la diffusion des matchs en terrasse des bars, condamnant tout un pan de notre vie économique et de notre mode de vie. On le voit aussi avec la diffusion des matchs sur des chaînes payantes, que les plus modestes ne peuvent pas s’offrir. On le voit avec les millions qu’engrangera l’UEFA. J’ai tant aimé ce sport, depuis l’enfance. J’en ai encore envie, mais que c’est difficile…

Gabriel Robin – Secrétaire général

Initialement publié sur : http://www.bvoltaire.fr/gabrielrobin/euro-2016-peut-on-encore-aimer-le-foot,261925

Illustration : Pasolini jouant au football.


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